Propaganda d’Edward Bernays

mercredi 28 mai 2008
par  Dorch
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Edward Bernays (1891-1995) fut l’un des pères fondateurs des relations publiques, il a mis au point les techniques publicitaires modernes.

Un extrait du livre Propaganda offre un éclairage intéressant sur les méthodes du gouvernement qui consistent soit :
- à annoncer des mesures via des rapports avant de proposer des lois ;
- à laisser annoncer des mesures supposées impopulaires par des ministres « prenant des libertés » et à désavouer ensuite les propos du responsable lorsqu’un tollé général s’est déclaré.

« Le politicien, bien sûr, est à l’affût du moindre bruit. Se livrant à une sorte d’auscultation clinique, il colle son oreille contre le sol pour écouter les perturbations de l’univers politique.

Mais, la plupart du temps, le sens de ces perturbations lui échappe et il ne sait pas distinguer les superficielles des plus profondes. Alors il envoie un ballon d’essai sous la forme, par exemple, d’un entretien anonyme dans la presse, puis il guette les résonances que cela déclenche dans le peuple - un peuple qui s’exprime au moyen de rassemblements de masse, ou dans des résolutions, des télégrammes, voire des réactions aussi lisibles que les éditoriaux de la presse, partisane ou non. En fonction des échos qui lui reviennent, notre homme décidera soit d’entériner la mesure sur laquelle il hésitait, soit de l’écarter, soit encore de la modifier pour la rendre compatible avec la somme des opinions reçues en retour. »

Les spins doctors de Nicolas Sarkozy n’ont rien inventé !

Bernays conclut comme ceci sur cette façon de procéder : « Un homme politique qui a les qualités d’un chef saura, en utilisant habilement la propagande, guider le peuple au lieu de le suivre à l’aveuglette par tâtonnements. »

Et si l’on pense à la propension de Sarkozy à ce mettre au niveau du peuple, cette citation vient à point : « Le dirigeant politique d’aujourd’hui devrait aussi bien maîtriser les techniques de la propagande que l’économie politique et l’instruction civique. S’il entend simplement refléter l’intelligence moyenne de ses électeurs, autant qu’il renonce aux affaires publiques. »

La casse actuelle du service public pour tous (éducation, services sociaux, sécurité sociale...) est en train de détruire l’ascenseur social. L’écart entre les riches (qui se lèvent tôt c’est bien connu) qui garderont un accès à tous les services devenus payant et les pauvres (les profiteurs des aides sociales qui plombent l’économie, c’est bien connu aussi) va s’accroître inexorablement. Dans la mesure où la propagande est au coeur du fonctionnement de la démocratie d’après Bernays, le gouvernement devrait écouter ce conseil : « Quand l’écart entre les classes intellectuelles et les classes laborieuses se creuse, les premières n’ont plus aucune influence et les secondes n’en tirent aucun bénéfice. »


Extraits de Propaganda d’Edward Bernays paru en 1928 et édité en France en 2007 aux éditions la découverte (Zones).


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